Présentation rapide du
groupe
Gjallarhorn est un des groupes folk les plus
connus en France, probablement grâce à sa profonde
implantation musicale dans toutes les cultures du monde.
Effectivement, la base de ce groupe finnois reste la musique
traditionnelle scandinave appuyée par des textes
tirés de poèmes nordiques, de l'Edda poétique
ou simplement de chants mais la musique prend des sonorités
à la fois chamaniques (dans leur premier album), orientales
et africaines.Sa formation a beaucoup varié, seule la
chanteuse et pilier du groupe, Jenny Wilhems, y est restée
fidèle depuis leur première album en
2000.
L'extrait que je vais vous présenter est
tiré de leur premier album Sjorn qui est accompagné,
pour l'accent multiculturel, du didgeridoo australien et de
percussions telles le djembé. Le groupe s'y présente
comme " un écho personnel aux anciennes tradition de la
musique folklorique de Scandinavie" et ajoute que " beaucoup
d'anciennes cultures musicales autour du monde ont des similitudes
et utilisent différents elements pour la même fonction
dans leur musique. Gjallarhorn a trouvé une voie pour
combiner ces élements.*" Son titre est "Suvetar- Godess of
Spring"
La musique et le
clip
* Le portrait de
Suvetar:
Qui est Suvetar? Suvetar est une figure de la mythologie
Finnoise, elle est la la déesse du vent du Sud et de
l'Eté, elle est décrite dans la chanson physiquement
comme ayant un corps brilliant l'or et l'argent, comme étant
la plus ancienne fille de la Terre ce qui est un paradoxe avec le
fait qu'elle est la déesse du vent du Sud. Ce paradoxe se
retrouve dans la musique qui est à la fois très
terrienne grâce au didgeridoo et aux sons graves intenses et
puissants mais aussi très aérienne, la musique
étant dynamique, mouvante, audacieuse, la voix de la
chanteuse s'élevant dans les airs et la musique progressant
par élan et adjonction d'instruments dans un crescendo fatal
vers le ciel. Beaucoup de fois on entend le mot "miel" dans les
paroles, on peut y voir un écho à son corps
doré et à l'Eté, aux récoltes mais avec
un peu de recherche, on trouve que la déesse est
douée pour guérir les malades avec le miel qu'elle
jette du ciel. Cette chanson étant une prière pour la
fertilisation des récoltes, on peut interpréter que
le miel qui tombera du ciel viendra fertiliser les coeurs et la
terre, viendra épargner la souffrance des paysans.
Le clip reprend fidèlement la description de Suvetar sauf
que la chanteuse, au lieu d'être celle qui "prie" Suvetar
devient l'incarnation de la déesse elle-même. Elle est
représentée le corps doré, en train d'enlacer
les épis de blés comme si elle éprouvait de
l'affection pour la Terre, qui n'est autre que sa mère
étant "la fille de la Terre" dans la chanson, cette image
est d'ailleurs manifiquement rendue lorsque l'on voit une
créature étirer une chair couleur terre en même
temps que ses pas, comme si la déesse était
accouchée de la Terre en étirant sa chair, la chanson
reprend cette image en invitant la déesse à
s'extraire de la Terre en même temps que les récoltes
. On la voit également ouvrir les yeux alors couverts de
terre. Elle execute quelques danses, comme un rituel de
fertilisation et d'amour, de communion avec la Terre. Cette
communion avec la Terre est présente tout au long du clip
d'ailleurs, les acteurs sont grimés, tel des
caméléons, aux couleurs des paysages qu'ils
traversent.
*Un rituel de
fertilité.
Toute la chanson prend l'allure d'une prière, effectivement,
elle joue sur les répétitions de motifs, de paroles
avec à chaque fois une évolution d'intensité,
un crescendo, comme un mantra répétitif conduisant
à une transe de plus en plus intense. La déformation
des visages dans le clip reprend cette idée de transe ainsi
que les rapides travellings. Les paroles sont toutes aussi
envoutantes, utilisant des images intenses de sens, alignées
les unes en dessous des autres. La déesse est invitée
à sortir de la Terre pour apporter le miel aux humains,
bénir leurs récoltes et leur épargner la
souffrance en récompense des efforts qu'ils ont fournis au
champs. Le tout est porté par une musique plus
qu'envoûtante, qui invite à une prière active,
mêlée de danse, de joie, de vibrations.
Dans le clips de nombreuses images font référence aux
rites de fertilisation nordiques, ainsi le rite du Labyrinthe: les
jeunes filles étaient placées au centre d'un
labyrinthe formé par des pierres que leurs
prétendants devaient arpenter avant de s'unir avec elles sur
la terre, ceci dans le but de la fertiliser. A un moment du clip on
voit ce fameux labyrinthe de pierre parcouru. On voit
également des danses autour d'un feu, le feu
représente dans nos cultures la fertilité, et c'est
encore exprimé aujourd'hui grâce aux rites de la Saint
Jean au début de l'Eté. Autrefois il était
coutume de sauter par dessus le feu pour être assuré
de fertiliser son corps pour avoir descendance.
Around the world
L'accent multiculturel se retrouve à merveille dans le clip
et la chanson: du point de vue instrumental surtout, les paroles
étant issues de la tradition Nordique. La musique prend des
accents chamaniques grâce aux percussions, au didgeridoo et
à l'effet de répétition, quant au clip, il
donne l'impression de parcourir le monde pour assister aux rituels
de fertilité premiers. On y retrouve, pêle-mêle
des accents africains et européens dans les danses autour du
feu, des hommes au corps couvert de peintures aborigènes que
les limites de ma culture ne me permettent pas d'identifier
(désolé
)
mais aussi une référence à la sorcellerie avec
l'image de la pleine Lune. Effectivement d'après la Wicca,
la religion des sorcières, la pleine Lune représente
la Mère, la Grande déesse de la Terre et se jour
là se déroulent les esbats et les communions avec la
Grande Déesse. L'éveil du soleil à la fin du
clip semble toucher le monde entier et lever toutes les
récoltes.
Conclusion
Cette vision est bien entendu la mienne, je vous invite donc
à la critiquer pour l'enrichir et pour le reste, je vous
laisse apprécier ce clip déroutant et cette musique
envoûtante dont voici les paroles (traduction en anglais), si
ce n'est déjà fait.
Suvetar, fine matron
Arise to see the seeds
Raise the matron's corn
So that we may be spared pain
Manutar, matron of the Earth
Lift up the shoots from the ground
New shoots from the stumps
So that we may be spared pain
Feed us with honey-hearts
Give us honey-drink
Delicious honey-grass
On a blossoming knoll
You have shining silver
You have glistening gold
Rise up, O maiden
Black from the soil
Underground crone
Most ancient of Nature's daughters
Make the peat shoot forth
And the ground turn over
Underground crone
Most ancient of Nature's daughters
Lift up a thousand seedlings
To reward my efforts.
Mel: J.Wilhems; Text: Trad; Choir arr: J.Wilhems; Instrumental arr:
Gjallarhorn
*Traduction assurée par mes soins du "prologue" de
l'album.